8.2.15

46. Christophe Siébert _ 'Poésie portable (extrait)'

58 
la moindre de tes émotions – rebondit dans tous les coins de l’univers et me frappe en plein front – une poignée de dieux joue au billard avec nous – le jour où tu te pends – je vais tousser toute la journée – sans bien savoir pourquoi

59 
alors que dans la civilisation absurde – autour de nous en pleine hypotension – les crétins se passionnent pour tout – les autres les minables vivants ceux dont l’âme n’est pas un terrain vague où flottent des images panini – ceux-là se détachent et s’ennuient aussi morts que la méditerranée – que le soleil – aussi ouverts au monde que les cafards d’hiroshima

60 
j’ai pas de rêve – je n’en ai plus – comment puis-je en avoir quand le présent est un feu – quand tout ce qu’on touche brûle et brille comme la fin du monde – comme le soleil – quel rêve nourrir quand on boit et mange et baise comme un dieu perdu dans l’univers – un haut-fourneau dans le désert glacé – comment peut-on rêver quand tout ce qui vibre c’est soi-même et deux ou trois semblables et que la danse s’effectue dans la poussière inerte – dans le brouillard humide au milieu des statues – comment peut-on rêver quand on sait que le futur est un piège à lapin et qu’on est assez con pour croire qu’existe le présent

61 
quand tu étais petit – tu aimais bien foutre des trempes aux intellos premiers de la classe et autres binoclards qui se prenaient pas pour de la merde – rabattre leur caquet à grands coups de claques – maintenant tu patrouilles en uniforme dans les trains – tu es debout et ils sont assis – tu appartiens à la police ferroviaire et eux ils t’appartiennent à toi – ils baissent les yeux quand tu les regardes de travers – si y en a un qui bronche on t’a promis qu’il est pour moi – quand tu étais petit – je me demande si tu lisais pif-gadget ou spirou ou mickey ou bien rien de tout ça

62 
il y a quelques années j’ai perdu la mémoire du mot impunité du mot impunément – pourtant j’avais toujours sa définition – je passais des nuits blanches à me creuser la tête – le sommeil contracté par le stress – à tenter de retrouver le mot – à tourner des syllabes dans tous les sens – à ne pas y arriver – comme un amnésique – des semaines ça a duré – des semaines et puis le mot – est revenu

63 
c’est l’apocalypse dans les gares – les trains sont remplis de gens bronzés et tristes – et les quais d’enfants qui bougent la main en pleurant – d’enfants tristes et bronzés

64 
les pieds nus des femmes – spécialement quand les ongles sont peints – sont des temples – tous les dieux et les déesses sont décevants par nature sauf nous-mêmes et nos rêves les plus cons – et les pieds nus des femmes – spécialement leurs ongles peints

65 
pourquoi empoisonner ses parents – comme néron ou violette nozière – alors qu’il suffit de s’asseoir – et regarder mourir

66 
toutes les histoires d’amour sont uniques – mêmes celles qui sont identiques jusqu’au moindre détail et elles le sont toutes follement névrotiquement identiques – toutes les histoires d’amour sont uniques comme peuvent l’être deux tabourets fraîchement sortis d’une usine ikéa – toutes les histoires d’amour sont uniques pour peu qu’on s’intéresse à l’infiniment petit – pour peu qu’on veuille bien être une mouche collée à la toile fractale

67 
la révolution – c’est un truc de sportif – la révolution – c’est un truc de connard sans humour – la révolution – c’est un truc de vrai mec – la révolution – c’est un truc de fille à couilles – la révolution – c’est pas pour les branleurs – la révolution – c’est pas ouvrir grand son cul pour y faire entrer des poèmes – la révolution – c’est pas éjaculer le matin dans sa couette en écoutant france-culture – c’est préférer faire des pompes – et faire péter les phéromones – en pensant à la mort des juifs – ou à celle des patrons

68 
un jour je serai riche – je ne verrai plus le ciel qu’à travers des vitres – je ne connaîtrai plus la pluie sur mon front ni l’orangé du sodium ni mon ombre étirée sur les trottoirs humides – et j’aurai des regrets sans bien savoir lesquels


À suivre ici.

Christophe Siébert

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

[ka] Aaron Mirkin Adham Alain Helissen Alessandro Bavari Alexa Wilding Alexandra Fontaine Alexandra Kalyani Alx P.op Angèle Casanova animation Annabelle Verhaeghe Antonella Eye Porcelluzzi Antony Micallef art contemporain Aziz Zaâmoune Baby Scream bande dessinée Benjamin Hopin Bissecta de Kinsâme Bruno FortuneR Catherine Estrade Catherine.P chanson Chloé Charpentier Chloé Wasp Chris Mars Christene Hurley Christophe Siébert Christopher Arcella Claire Hurrimbarte Claire Sauvaget Claire Von Corda Clara Engel clik vanzenovitch clip Cloud Seeding court métrage danse dessin Dim Media Dream of Electric Sheep Enki Ashes Erik Johansson Evan Scott Russell Florent Tarrieux Gabriel Henry Gaël Chapo graphisme Heart of Hearts Heeran Lee Hourra Marinella Hugo Dietür image izaniam zianam Jacques Cauda Jean-Christophe Liénard Jean-Paul Gavard-Perret Jean-Pierre Parra Jean-Sully Ledermann Kat Gogolevitch La Sucrerie Laurent Heller Le Manque Lettercamp c/o Escalofrio lithium idols a.k.a. david spailier littérature long métrage Lonz Lorem Louise Vertigo LWO malmo Marc-Henri Arfeux Marianic Parra Marissa Nadler Marjorie Accarier Maša Kores Miao Jiaxin Michel Meyer MorrisonDance Muerto Coco musique musique électronique My Own Cubic Stone Nadine Carina Nils Bertho Nina Paley No Way Out nobodisoundz nouvelle OBSCURESCENCE [Alain Detilleux] Odkali de Cayeux Olivier Warzavska (AKA Walter Van Der Mäntzche) Paola Suhonen peinture performance Philippe Jozelon Philippe Lamy photographie Pierrette Cornu poésie poésie sonore sancar dalman SandinoSéchiant Sandrine Deumier Scott Radke sculpture Sébastien Loghman See Real Snowdrops Sonologyst Stéphane Bernard Teklal Neguib texte The Chrysdoll Project The Physical Poets théâtre Thierry Théolier Totem Ullapul vidéo Vincent Motard-Avargues Vitriol Hermétique Wim de Vlaams Yann Hagimont Yentel Sanstitre Yod@