7.1.17

115. Claire Von Corda _ 'Caravane palace'

Et les cervidés des feuilles mortes pourrissent sous l'humidité. 
Et les jours de pluie où le soleil n'est pas, se veulent estivaux. 
Et les vaudevilles des vacarmes se préparent et s'échafaudent sous les vols des marécages. 
Des gallinacés déplumés en bonne et due forme comme s'il en pleuvait. 
Et les cervidés, encore et toujours les cervidés des caravanes palaces qui stagnent en luminaire des fanfares. Des chiens de paille.
Et dans le fond de la forêt, tout paraît toujours mieux. Et la gelée reste, et la mousse dure. Et la merde s'ancre. 
Et les jours de rien, de quand le légendaire homme-chacal part, ne se peuvent qu'à rallonge. 
Et les jours de moins, de quand les mots se vautrent, ne se heurtent qu'à la rouille des vieux pneumatiques du camping car. 
Et la pluie encercle la carcasse métallique à l'abandon. 
Et dans le fond de la forêt, la rouille des roues réfléchit la putréfaction des feuilles fauves. 
Et dans la journée du cheval, la ruine miroite les ravages de la flore sylvestre entre autres.
Et c'est une longue attente à moi, rien qu'à moi, qui se joue sous la couenne des animaux morts. 
Et je ne dirai rien. Et ne demanderai rien. 
Et la dépouille de notre habitacle sur roue prendra peut-être la route ou le feu, dès demain matin. 
Et dès demain matin, la dépouille de notre deux en cercle huit clos, prendra peut-être la fin ou la forme, dès demain matin.
Ça changera quoi ?

Ça changera quoi ?

Les animaux et leurs peaux en dépouille parsèment notre feu devanture. 
Et les fourrures se mêlent aux racines, qui se mêlent à la terre, qui se mêle au métal. 
Et les fourrures se mêlent à l'acier, qui se mêle à la souche, qui se mêle en mitraille. 
Bête ferrailleuse, rodéo métallique, ensevelissement mécanique.
Une sorte de tapis de sol de malvenue ici jonche toute la clairière perdue sous les feuillages à l'odeur de pourriture et de parasites humides. 
Les pieds crissent sous ça. 
Les pieds glissent sous ça.
Les pieds perdent sous la mousse des natures et animaux déchets. 
On enfonce, on ensevelit, on s'enfonce. 
Ici c'est loin, ça transpire la perte, la fuite, le restez chez vous. 
Et dans le fond de la forêt, assise aux restes de la tables en plastique qui jamais n'a été, je fume du vieux tabac. 
Et la lumière jamais ne perce l'épaisseur des couches de feuillages malsains. 
Et l'air frais jamais ne ventile le cloaque à l'air libre, ne le traverse l'air frais, ne le transperce l'air frais et ne l'enlève à son air vicié, l'air frais. 
Avariés sont les troncs, microbes sont la compagnie. 
À brûler est la caravane.

Ça changera quoi de trouver ça ? Ça changera quoi de faire le chemin jusqu'ici ? Ça changera quoi de vouloir nous sortir de là, de nous montrer les avantages du dehors ?
Et avec un peu de chance la foudre (nous) frappera dans notre sommeil.
Et avec un peu de chance un arbre s'abattra sur notre caravane de fortune et broiera nos squelettes en os pouilleux.
Et avec un peu de chance une horde de loups affamés viendra nous déchirer nous dévorer pendant nos sommeils insomniaques.
De toute façon ça changera quoi ?

Ça se referme.
Et à la table des fous, elle sera la première. Et tous la regarderont et tous se demanderont.
Et toujours la solitude et encore la solitude.
Faîtes que rien ne sorte.

Parce que c'est une fête foraine vivace qui se prépare par ici.
Ça se referme. 
Dans les paillettes pour de faux. Dans les pantins mal ficelés. Dans les pénombres des feuilles mortes. Ça se referme.
Et il est à bascule le cheval.

La table des fous est au complet et les mets sont en délice ce que l'acier est au sucré. Et les enfants zombies ressortent de leur trou pour nous faire croire à un meilleur, pour nous faire croire à un après.
Pour nous faire croire à la festivité.

Et dans la journée du cheval, de quand le légendaire homme-chacal part, ne se peuvent qu'en fanfare.
Et l'orchestre est sur la route. Et les néons sont accrochés. Les guirlandes des années passées seront sortis, ce soir, vous savez.
Et c'est une grande fête qui se prépare. Parce qu'à la table de l'ennemi, les orgies se font salées.
Et nous dansons, nous n'avons peur de rien.
Et nous avons sept ans ou quatre-vingt-onze ans on ne sait pas. Les garçons des îles perdues nous manquent et nous fêtons avec notre Animal-Totem, nous fêtons les heures à venir, les heures passées, les heures attendues, nous fêtons

Et la menace rode. On se ne sait pas où, mais la menace traîne.
Les sourires pseudo-insouciants, les basculements faussement enthousiastes. Le faussement. Tout sent le comme si.
La joyeuseté de pacotille et les faux semblants du content d'être content tord les boyaux.
Parce que toujours dans la caravane j'observe cette comédie pâle et sans saveur du comme il faut.
Et la menace rode et la menace.

Le cheval à bascule, les dents en plâtre, les fausses moustaches et le maquillage. Parfaite illusion du tout va bien
Et quand tout éclatera au grand jour, il restera quoi de notre vraie lutte, de notre réel combat, de la Vérité ? Les gens riront, se moqueront, les gens.
Comme toujours.
Et les rires des gamins débiles nous rendront sourds et écraseront nos tympans.
Et la lutte ne sera plus, la lutte n'existe plus, avant même d'avoir commencé, la lutte.
Et l'heure est à la joie et l'heure est à la fête et l'heure est au léger.

Mais craignez les lendemains. Les oiseaux de mauvaise augure auront raison ce soir de votre bonne humeur.
Et la menace rode
Et les êtres du Lointain sauront vous rappeler à l'ordre.
Et l'alcool aide. Pour vous perdre, pour vous rendre plus docilement, l'alcool.
Les êtres de l'Ailleurs savent par quel bout vous prendre, par quel chemin vous détourner.
Et vous êtes petites et vous êtes faciles.

Et les accords des ténèbres dans les flammes de l'Orient. Et les fausses notes se font entendre, menaçantes. Et tout le monde dans le social du comme il se doit. Les sourires faciles et faux des demoiselles mortes-vivantes font croire à la fête foraine de l'année.
Et les gens du Là-bas, et les gens du monde Autre observent, ne disent rien et attendent.
Sur les manèges en bois, c'est strident la menace des arabesques qui montent en octave.
Et derrière les arbres, les maisons hantées cachent les hommes masqués d'horreur.
Sur des relents de musique indienne ou arabe. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Ce que je sais c'est que le faux-semblant bientôt s'effondrera. Château de cartes en calque, la joie ne transpirera plus. Les sourires deviendront à l'envers, deviendront grimace. Et les gens de la terre d'Ailleurs gagneront du territoire, du terrain.
Et nous captureront. Nous, tristes perdants.

Amusez vous comme si de rien n'était. La caravane pue le vocifère et sent le rance du ça énerve.
Et pas de participation, on regarde, on observe, à qui sera le meilleur et le plus danseur.
Mais cow-boy il est à bascule ton cheval. Et ton pistolet à capuchon.
Les cartouches en bois ne tueront personne et les cibles sont en mousse.
Il est pour qui le pompon triste fêté de village, marmaille qui se gratte des puces que la bête a laissé, que notre animal-totem nous a légué ?
Danse encore autour du feu et laisse pousser tes cheveux.
Un moment de rien et de vide avant le déluge.
Un moment de semblant avant la tempête.
Crois à un meilleur à venir, crois à des ça ira mieux.
Mais tapie dans le fond de la foret, la Bête-vacarme garde un œil ouvert et la caravane reste le chef lieu du combat,
mis sur pause,
en attente,
je garde un œil ouvert.

Ça commence mal.
Ça se referme.
Kamikaze des campagnes, cavale sur un pleutre destrier, je ris de vos promesses en bois, de vos espoirs bas, de vos aspirations faciles, je me ris.
Même si ça commence mal.
Ça se referme.
Terroriste des fagots, je galope et foudroie sur mon rodéo mécanique toutes les suppliantes qui se gaussent par ici.
Le bonhomme de l'Ailleurs ne dit rien, le bonhomme de l'Ailleurs se tait, regarde observe et mate.
S'en fout du bonhomme.
Mes dents se chevauchent, et sur le point de tomber, laissent traîner un rire qui glace jusque dans l'intérieur. Là où la chair bat, là où la chair pulse.
Et le bruit des sabots sur le chemin de terre ne se font pas entendre. Et les hennissements périlleux ne se laissent pas sortir. Et la crinière de faux poils tombe en lambeaux. Parce que tout est à vendre, parce que tout est factice, parce que tout, ça part.

Mais c'est une fête foraine vivace qui se prépare par ici.
Ça commence mal.
Ça se referme. 
Dans les paillettes pour de faux. Dans les pantins mal ficelés. Dans les lampions déchirés des feuilles mortes. Ça commence mal.
Ça se referme.
Et il est à bascule le cheval.

La table des fous est au complet et les mets sont en délice ce que l'acier est au sucré. Et les enfants zombies ressortent de leur trou pour nous faire croire à un meilleur, pour nous faire croire à un après.
Pour nous faire croire à la festivité.

Et la journée de l'équidé, de quand le légendaire homme-chacal part, ne se peut qu'en fanfare.
Et l'orchestre est sur la route. Et les néons sont accrochés. Les guirlandes des années passées seront sortis, ce soir, il paraît.
On dit que c'est une grande fête qui se prépare ici. 
Parce qu'à la table de l'ennemi, les orgies se font salées.
Et nous fêtons avec notre Animal-Totem, nous fêtons les heures à venir, nous fêtons les heures passées, les heures attendues, nous fêtons.
Et la menace rode. On se ne sait pas où, mais la menace traîne.
Le faussement. Tout sent le comme si. Joyeuseté de pacotille. Semblants bidons. Et tout le monde s'agite dans le social patibulaire du comme il se doit. Sourires faciles et faux des morts-vivants font croire aux réjouissances de l'année.
Et les gens du Là-bas, et les gens du monde-Autre se taisent, regardent, observent, et matent.
Sur les manèges en bois, c'est strident la menace des arabesques qui montent en octave.
Et derrière les arbres, les maisons hantées cachent les hommes qui se masquent en horreur.
Triste fête de village, marmaille qui se gratte des puces, Animal-Totem qui cherche son fumier.
Ce que je sais c'est que le fallacieux, les impostures, les incorrects bientôt s'effondreront. 
Château de cartes en calque, la joie ne transpirera plus. Les sourires deviendront à l'envers, deviendront grimace, singeries les sourires. 
Et les gens de la terre d'Ailleurs gagneront du territoire, du poids, du terrain.
On se tait, on regarde, on observe et mate à qui sera le meilleur, le danseur et le plus.
Et il est à bascule le cheval. Et le pistolet en plastique. Et l'arme en jouet.
On n'ira pas loin.
Ça commence mal.
Ça se referme.
Et la menace rode et la menace.
Et quand tout éclatera au grand jour, il restera quoi de notre vraie lutte, de notre réel combat, de la Vérité. 
Les gens riront, se moqueront, les gens.
Comme toujours.
On n'ira pas loin.
Ça commence mal.
Ça se referme.
Et les rires des gamins débiles nous rendront sourds et écraseront nos tympans.
Et la lutte ne sera plus, la lutte n'existera plus, avant même d'avoir commencé, la lutte.
Mais l'heure est à la joie et l'heure est à la fête et l'heure est au léger.
Mais.
Mais tapie dans le fond de la forêt, la Bête-vacarme garde un œil ouvert et la caravane reste le chef-lieu du combat.
On n'ira pas loin.
Ça commence mal.
Ça se referme.

Et j'essaie de les éviter.


Claire Von Corda

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