20.5.17

141. Louise Vertigo _ 'Voix et souffle (extrait #1)'






LA VOIX MÉTAMORPHOSE

INTRODUCTION

De tout temps, j'ai été guidée par mon intuition sans en avoir conscience. Si je regarde en arrière, tout ce que j'ai entrepris était déjà inscrit dans ma vie.

Femme des frontières, je le fus entre folie et voisinage, entre ville et campagne, entre poésie des mots et musique, entre Occident et Orient, entre raison et intuition, entre ciel et terre.

Je me suis efforcée de livrer ce récit de mon parcours avec le plus d'honnêteté possible en tant qu'être humain en quête de sens, chanteuse et créatrice de Voix et Souffle. Il n'y a, pour moi, aucune séparation entre ces trois états d'être.

Ce récit est celui d'une histoire personnelle parfois douloureuse mais, surtout, celui du bonheur de la métamorphose.

Rencontrer la pensée taoïste m'a libérée de la pensée binaire chrétienne dans laquelle j'avais grandi et qui me faisait souffrir. Découvrir le souffle avec le zen, découvrir mon corps et l'énergie qu'il contient avec le Kinomichi et les arts-martiaux internes a transformé ma vie et mon être profond.

En travaillant avec des maîtres asiatiques qui m'ont laissée trouver par moi-même, j'ai entrepris de raffiner mon énergie jour après jour et j'ai tracé ma route. Je me suis aperçue que j'avais une qualité pour l'exprimer et pour transmettre. C'était peut-être ce que les taoïstes appellent accomplir son destin céleste.

Ce destin ne serait rien sans la rencontre avec Maître Noro et avec Pierre Philippon, pour lesquels j'éprouve une profonde gratitude.

Ce destin ne serait rien sans celui de ma mère à la racine de tout ce que j'ai entrepris.

Je n'ai pas voulu écrire une méthode. Je n'ai pas voulu formater mon écriture. J'ai eu l'ambition de faire un objet artistique littéraire car la littérature est ma passion première, j'ai eu envie de m'en donner à cœur joie. J'ignore si j'y suis parvenue. J'en ai caressé l'espoir et j'ai fait de mon mieux.

Je me suis efforcée de témoigner avec sincérité afin de servir l'humaine compagnie.

Ce récit, je l'ai écrit pour vous donner envie d'aller à la rencontre de votre paysage intérieur et pour que vous vous autorisiez à explorer toutes vos merveilleuses capacités : danser, chanter, respirer chaque instant et vous réaliser dans la pleine santé et la joie.


CHAPITRE 2
L'ART DE LA FLUIDITÉ


Maître Noro aura toujours une place d'exception dans ma mémoire car il m'a mise sur le chemin de l'énergie.

Je n'étais pas engagée dans une relation particulière de maître à élève avec lui car le Kinomichi est, par essence, une discipline collective mais, de fait, il nous accompagnait, nous ses élèves en groupe, tous de manière individuelle. Ces commentaires nous étaient précieux pour évoluer dans nos vies.

Le Kinomichi est un art du mouvement japonais d'une grande finesse, dont la particularité est de favoriser la circulation de l'énergie entre deux partenaires. Maître Noro guidait chacun selon son besoin. Pendant ces sept années durant lesquels j'ai eu la chance de suivre son enseignement, j'ai été bien nourrie. Le Kinomichi permet de ressentir les spirales contenues dans les mouvements du corps et de construire son hara*. Il a été, pour moi, une voie d'accès à la méditation et au travail interne de l'énergie que j'ai étudié par la suite.

Dans le dojo, vêtus de blanc, assis en seiza*, nous buvons la parole du maître.

Maître Noro nous raconte des anecdotes du temps ou il était un disciple, au service de maître Ueshiba, le créateur de l'Aïkido. Noro raconte à sa façon, c'est-à-dire toujours avec de l'humour, omission des articles, à la japonaise.

De même, plutôt que d'utiliser nos noms et prénoms, nous désigne-t-il sur le tatamis par ce qui constitue une spécificité, une fonction, ou encore un trait de caractère qu'il nous attribue avec malice : « Mathématique, Demi-tarif, Gurute (prononcer Gouroute), Grosse tête, Gros seins ... ».

Je manque de confiance en moi.

Il m’appelle « Vedette » car il m'a vue à la télé dans un clip. Il m’appelle « Vedette » et je pense que c'est aussi sa manière de me guider, de me renforcer dans l'idée que j'en suis une. Moi qui rase les murs quand je vois des têtes de gondole à la Fnac à mon effigie.

Il peut aussi bien nous apostropher en criant « Constipé ! », lorsque nous ne sommes pas ouverts, disponibles, prêts à être traversés par l'énergie. Cela peut être assez déstabilisant pour un débutant mais, cela est dit d'une manière si drôle et si juste qu'on ne résiste pas à son humour ravageur.

« Quelle tête vous faites ? », nous dit-il encore. Il est capital pour lui de « montrez dents », de sourire car l'énergie manifestée est joie. Un aspect essentiel de son enseignement.

Maître Noro nous parle de la manifestation de l'énergie qui traverse le bois pour aller toucher le mur en face dans le dojo. Il nous parle de l'énergie qui nous traverse de terre à ciel.

La parole de maître Noro est celle d'un sage et n'est pas celle d'un singe.

La parole de maître Noro est celle d'un sage, c'est pourquoi je la bois comme du petit lait.

Masamichi Noro nous dit, qu'au dix-septième siècle, après une période de paix durant laquelle il fut interdit, le troisième shogun réhabilita l'usage du bâton qui n'était pas considéré comme noble par les samouraïs. Dans le Kinomichi, nous pratiquons avec le bâton et le boken, ce dernier est un sabre de bois que je préfère personnellement. Sur le tatami, je fonce sur mon partenaire avec une confiance absolue car je sais que je ne peux pas lui faire mal, je suis dirigée par mon hara et le bruit de nos bokens* est le chant joyeux de l'énergie.

Le chant de la vie.

La voie du guerrier est un chemin d'accomplissement de soi.

Dans le budo*, combattre est un prétexte pour apprendre à se connaître. Les do sont des voies, rien à voir avec du sport.

Le dojo est le lieu ou l'on vient raffiner l'énergie et trouver sa voie.

Dans le dojo, le temps s'est arrêté, il évoque des aspects mystérieux de sa vie privée auprès de maître Ueshiba. La profonde spiritualité de celui-ci à la fin de sa vie, ancré dans la religion shinto, son chant des voyelles...

Maître Noro nous invite à être « sexy ».

C'est un mot qui semble au premier abord incongru dans un dojo. Maître Noro prenait parfois Maryline Monroe pour exemple pour nous parler de l'énergie. C'est cela être sexy, cela se voit quand l'énergie vous traverse de bas en haut. Être vraiment « sexy », c'est un état d'être en connexion avec le souffle et le chi.*

Une des amies de Maryline Monroe raconte qu'en se promenant avec elle incognito dans les rues de New York, Maryline lui demande : « Tu veux que je sois elle ? », et instantanément dans la rue les gens la reconnaissent. Maryline avait trouvé le chemin intérieur de son énergie.

* Hara : centre vital de l'homme et réservoir d'énergie vitale dans la tradition japonaise.
* Budo : la voie des armes.
* Boken : sabre de bois pour s'entraîner en Aïkido 
* Chi ou Qi : ki en japonais, courant vital d'énergie, est une notion des cultures chinoises et japonaises qui désigne un principe fondamental formant et animant l'univers et la vie. Cette notion n'a aucun équivalent précis en occident. Apparaissent toutefois de nombreux liens de convergence avec la notion grecque pneûma (souffle) et dans la même optique avec la notion de spiritus en latin, dérivé de spirare, souffler qui signifie souffle, vent et le principe prana en philosophie indienne.

Musique sur Mysty Louise : Roudoudou


Louise Vertigo

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