lorem_ipsum

revue d'arts & de textes

lorem_ipsum

il ne faut rien séparer de soi du chemin qui

il ne faut pas si nous épargnons les pas

nous n'arrivons plus

épars les pas qui parce qu'ils

ou parce que nous

allons sans but sans boire l'eau des rivières

sans allonger la main sur la bute

de terre de sable marin sans voir

l'ode des libellules des lits défaits par la vague

sans écrire sur papier épais les mots du chemin

sans tout libellé à l'autre

qui marche ou qui marchait sans arracher la mousse

nous emmenaient si loin que fut notre route

et maintenant entre ses mains

maintenant la lisière des forêts entre ses mains

le cheminque je devais suivre n’est pas encore sous mes pieds. Les cailloux que j’accroche, les fossés où je tombe, ne sont pas les cailloux sur lesquels je devais trébucher, ni les fossés dans lesquels je devais me coucher.

Ma peau est promise à

l’abandon, croyez-vous, au souffle des zéphyrs qui arpentent ma carcasse ; mais je vous le dis en vérité, ma peau sera le tapis que l’on déroule le long des berges fraîches à l’aube des mois d’été, ma peau sera la carne que l’on traîne sur les routes sinueuses pour piéger les loups, ma peau sera l’ornière où les voitures s’embourbent. Oui, et je serai loin, rafraîchie par l’eau des rivières, dévorée par les bêtes sauvages, noyée dans les pluies drues ; mais je vous le dis, je ne serai pas baignée par la salive crachée au visage, je ne serai pas mordue au flanc par les sarcasmes acérés, et je ne serai pas logée dans le bourbier

des commisérationsje ne serai pas parmi

les passades les passages les passions les paradis

les nœuds de colère

là où je vais je visse mes jambes

je bricole l'immobilité

aux piedsde mes certitudes, où se dessinent les regards acerbes de ma folie, je fais tomber mes os en cascade soudaine.

Ô bras qui se lèvent et broient dans la pénombre ce

qu’il me restaitde foi ! Tant de fois sur ma peau j’ai aimé le silence, mais aujourd’hui le monde murmure à mon oreille. Les idoles ont fondu leur cire.

mes pasvers l’informe véritéqui verse dans la voix

des virgules des violes des viandes d'homme

vers la part des dieux

je recule au fond confinée

dans les fresques grotesques

je renifle le foin je m'immole au soleil

et ma dérive vient comme

les chattess’alanguissent sous les haies de cyprès ; elles ronronnent contre les nuques mâles, leur arrachant de longs soupirs.

Elles se sont arrêtées là, sur le premier passant assombri par les longues silhouettes des arbres dressés, et ne partiront qu’à l’heure

des cimetièresoù les emportera quelque furie tirant les cordes d’une harpe usée. Les chattes chantent déjà avant que n’aient vibré les arpèges redoutés ; et leur voix rauque étouffée

dans le coudes hommes balaie l’horizon noir. À l’heure de leur départ, où se mourra le velours

de leur langue? De quelle étroite blessure se souviendront les hommes qui les berçaient sous les laves du ciel ?Nul ne le sait

saisir le sang d'un cou couché

c'est un vent vampire

que l'image emmagasiné dans sa cervelle

la saveur des rêves

la bavure des sages

l'emphatique abréviation par allongement

c'est la sapience à laquelle ne remédie rien

seulement quelquefois les gardes baissées

quelque trou de verdure qui garde

les regardsposés au hasard des tiédeurs du jour, ils tenaient leurs paupières ouvertes contre le gré du vent, à sécher la pupille de leur passion, à ne plus savoir qui ils étaient, à ne plus laisser autrui les reconnaître.

Sur le banc inerte d’une pelouse abondamment nouée de soleil, leur marche était silencieuse. Côte à côte, ils avançaient à reculons du temps pour ne pas qu’arrive la tombée du crépuscule –car toujours il se vautre sur les humains

avec le fracasd’un capitaine ivre. De mélodieux bourdonnements laçaient des arabesques à leur rictus et sur l’un et l’autre levaient des breloques de pudeur ; mais plus ils tâtaient sur leur visage l’inaccessible flegme, plus ils chatouillaient l’étroite niaiserie

qui bandeaux lèvres des arcs en peau molle. Bientôt, ils coururent aux portes des minutes abandonner leur insoutenable incompréhension, s’arrachant l’un à l’autre des courtoisies dégluties rapidement – ainsi souhaitaient-ils retrouver la nourriture spirituelle du précipice dans lequel ils mourraient d’envie

de se jeterfeu d'artifice

la face facile il faut se jeter

jeter l'ensemble des années

pas de trace qui reste

brunies les feuilles s'enflamment

les autres se froissent

jette sept fois jette les sept merveilles

jette cette chose jette le nul jette l'inutile

La brumeétait tombée comme une âcre odeur d’urine au chevet de mes nuits et je voyais l’opercule de mes mains se déchirer doucement.

Partoutoù s’ouvrait le firmament et s’appesantissait au creux de mes os son intense vérité, se terrait l’erreur aveuglante de mon amour pour le grand Vide, l’éternelle plaie de mes paumes dont rien ne sort que le mirage d’un destin.

La brume était tombée et j’étais tombée

comme elle, entre l’asphalte dur de mon silence et le ciel barré par sa miséricorde. Ramassée sur la grève dont on voit à peine la grisaille. Enroulée dans l’inconsistance de ma foi. À genoux dans la brume de mon existenceexcitée vers la sortie

âprement déçue de la chute

la pluie embrume la vue

impossibilité rédhibitoire nous ne vous excusons pas

rien n'est excusable à l'agenouillé

mouillé dans sa pisse

ils parlent ils ourlent leurs lèvres

ils affabulent ma vie

viciée par l'agenouillement sans sacrement

ils toussent leurs voix crépitent

je crépite je bitume mon corps

ils m'emmènent ils m'emmurent ils m'enrhument et

le murmuredes étoiles à la porte de ma chambre s’excite chaque soir comme une quinte de toux jetée dans ma tête concave.

Elles se couchent auprès de moi et brûlent mes draps d’une infatigable langueur ; elles cherchent contre mes reins le tisonnier lunaire ; elles se crispent sur mon ventre ; et elles s’en vont

au petit matin, lorsque les linges pendus aux fenêtres sont des rêves incendiaires dévorés par leur venue. Que n’est-ce mon murmure qui s’engouffre dans leur cœur ? J’irai fouiller leurs entrailles avec la dextérité

d’un bec aquilin. J’en extirperai l’épaisse fumée comme elles procèdent chaque soir au bord de ma dépouillepouilleuse besogne qui sera mienne

que compter sinon les poux sur les têtes ou

les poutres dans les yeux ou

les pourritures sous les ongles

une image suffirait un onguent de matin clair

une icône pendue entre les rets de lumière

d'or et d'argent

où mots infiniment beaux valent de l'or

de l'aube en trésor du soleil en barre de feu

où des mots joints comme des mains de vierge

oignent les âmes d'un tendre geste

que dis-tu vilipendeur

tu dis dépuceler large

tu dédies ma prophétie dénudes et atténues ma douce idée

rustre des fonds de culotte

je te défie vandale je te

badin à bas à bas le badin

ma vierge ô ma muse vaut tout

tu mimes mes mots et mets le mille

dollars dollars euros yin

Malheureux, c’est ton nom que tu caches aujourd’hui derrière ta main, collée à ton front, mouillée par les embruns de ta sueur, ta main collée à tes remords.

Tu voudrais fuir dans la contrée d’un autre monde, où ton pseudonyme pèserait plus lourd que lui, tu voudrais arracher les herbes folles sous tes pas qui s’agitent, qui fuient

par ta force, là-bas, mais tu pleures, malheureux, tu pleures… Tes pieds sont plantés dans ta conscience et impossible d’aller où que ce soit, car toujours demeure la vaste étendue de ton nom, gravé dans le marbre clair de ta peau, entaillé jusqu’au-dessous de ta chair : ton nom, celui que tes parents ont scellé avec la lourde chaîne de ton corps, ton nom, celui à cause duquel tu cours par toutes les terres, ton nom, celui à cause duquel je te reconnaîtrai, ton nom, celui à cause duquel

tu périrasdans la prière des vivants

qui vendent à qui veut une paire de chaussures

un père une mère un caillou tout quoi

espère la pluie qui lave

et qui lève soleil poudreux des rêves incendiaires

J’entendsle cliquetis des bottes qui éclate sur le coton de ma mémoire. Chaque note frappe mes côtes d’un grand coup de talon, accuse les cales des pieds et craque le plancher électrique.

Je parle désormais la langue des semelles qui lèche les parois de

l’inextinguibleprière, en sachant toutefois que le crissement des crevasses casse les accents de ma certitude. J’attrape la crinière et cours sur l’étalon de mon souvenir fou ; j’étrangle de mes cuisses son encolure ; je pars chercher sur ses flancs sauvages l’extrémité de mes forces ; je cavale sur

les brisures aussiloin qu’elles se dispersent. Et quand la bête sera morte sous le poids de mes cris d’airain, le cliquetis des bottes reviendra

dans mon crânede sentinelle, et je palperai l’inconsistance de ma chimère du bout de mes os rompusrapetissant dans les décombres du jour

tu répètes et psalmodies

le trop de mots que dit ton œil

tu tries tes tas d'habits

tu cherches taches sur taches

tu cherches tu tâches de ne pas te perdre

et tu vas pendre aux fils

les traces de tes tâtonnements

le blabla de ta rêverie

sa têteétait ciselée dans le blasphème.

ses yeuxqui roulaient deux sphères émaillées au fond de leur abîme et qui creusaient un sillon entre mes seins irrémédiables. Lourds étaient les baisers qu’il oignait sur ma peau – l’odeur de

ses lèvrescoulait l’eau amnésique au fond de ma gorge. Longs les crocs polis plantés dans le silence, plantés dans

mon ventreenceint d’artifice et de parjure. Oui, sa tête était ciselée de blasphème, et je l’ai prise entre

mes mains, vinifiées et tremblantes, et j’en ai palpé les crevasses. Et je la trouvais belle. Et j’en bouffai

la rouilleà force d’étreintes. Et quand j’ouvris mes mains qui la serraient autant, il n’en resta plus que la craquelure froissée

de la vesprée.plus de clepsydre ni de montre-gousset

il reste l'horloge numérique

les mots mêmes ne s'entendront plus

ils se planquent dans les planches

J’entendsentre les roseaux fendus le vent qui siffle doucement, et j’imagine Daphnis en approcher sa bouche, et j’imagine ses yeux mi-clos se remplir de doux rêves.

Son nomtout près du mien, une chèvre égarée auprès de mes brebis, celles que je n’ai jamais eues, celle qu’il n’a jamais eue.

J’entends entre les roseaux fendus le vent qui souffle doucement, et j’imagine la statue d’un homme usé par les siècles, où mon reflet scellé dans sa mémoire doit ressembler aussi à la pierre échoppée qui gracieuse autrefois, est désormais verdie, moussue, où mon nez peut-être n’est plus qu’un trou béant, où ma main peut-être cherche sa main tombée

depuis longtemps.Il ne reste plus rien

à l'orage précipité dans les mailles

tout cumulus rendu accumulé dans l'eau

dans l'orifice du ciel qui se tord

le temps a retourné sa veste

la taupe est revenue à son trou de terre

il a rouillé son jus

le ciel scié par ses psaumes béni-oui-oui

sans penser ni peser quelle tête au panier

va-t-on faire encore tomber

Ma cagethoracique lève des barreaux infranchissables et moi, jeune bœuf qui supporte mal le poids du soleil, je me rue chaque jour pour en briser les gonds.

Je bois sa lumière hachée qui

couleson encre rouge dans des couloirs exigus, trinquant avec le boucher de ma rue, à fracasser contre son crâne gravé Deibler mon crâne gravé Tapner. Je trinque à la cage ouverte. Je sais que je m’en irai un de ces quatre matins, dès l’aube.

Un croissant de lune éthéré verra alors ruisseler

sur les forêtset les montagnes mon sang pisseux, recueilli dans des cruches à bouillir des grumeaux noirs.Mordus jusqu'à l'os à moelle

nous manions le coutelas nous dénouons les tripes

nous amenons la dent

le charnier s'occupe de tout

que ferons-nous de nos démons

nous les repousserons du pied

dans vallons et vallées

Les graviersdes sentiers collaient à mes pieds nus en y plantant doucement leurs racines dures. Les murailles de bois vert cernaient mes yeux taris et les lames des branches s’accrochaient à mon pèlerinage.

Je penchais ma tête vers les corolles de nuages en buvant leur impalpable caresse, celles qui laissent pendre leur chevelure jusqu’à la surface des visages extatiques. Et je croyais deviner la trace diaphane de quelques sylphides qui

veilleraient encoresur les marcheurs alanguis dans leur désert ; dans les courbes de l’air ; sur le dos des insectes dressés dans ma paume ; au fond d’un chant pétri d’égarement, là où j’ai creusé ma demeurede pelletée en pelletée

rien ne compte que les coups

attendre est-il juste

N’attendsrien, ni que demain se lève ni qu’aujourd’hui s’arrête. Il ne sera jamais temps qu’arrive ton espoir : c’est un bâillon serré à la force des bras de la déception.

pas que ton ventregrossisse ton existence. N’attends pas que tes pas redressent le bout du chemin. N’attends pas que ta main touche le fond des cieux. Ton ventre est plein. Tes pas sont suspendus.

Et tes mains tressentl’air à jamais. N’attends rien. D’attendre tu te jettes dans le cloaque immonde de la désillusion. N’y perds pas

ton corps, n’y perds pas ton âme. Demain est trop peu. Demande l’éternité.Que les ombres se pressent

elles font contraste inconstant

qui revient qui repars

le jeu de la jouissance

des sens et des contre-sens

des contrevents des vents contraires

que tes presque pensées

à ton tronc démanché

va viens sans dire mot

Sousles bancs du soleil où se gercent les heures arrivent les courants des vents fous et sauvages qui sillonnent les ronces d’airain.

la serrurede mon ventre est enfoncée. Dedans passent le sourd tintement de ton amour, l’accusable sourire de l’aube froide, l’écorchure épineuse.Ta bouche cadenasséea brigué de ma peau dénouée les algues mortes de ma mémoire ; et le soleil poursuit sa vague ; et les ressacs dentellent à mes yeux son sel rouillé.

la tienne est faille pleine

prends la mesure du monde

avec ton gant blanc

teinte-le de poussière

prends ton équerre et ton réglet

les mères aquatiques ont mis

ton nombril en abysse

et la paire de souliers qui te fait aller

ne saurait t'enfermer dans

partout où tu tapines

dans ta cave dépavée

peux pas toutes forces consenties

ramer dans les gouttières

Doucementsous les voiles effervescents de l’immatériel, j’arpentais les couloirs en scrutant du plafond jusqu’au sol les bribes déchirées qui prenaient toutes les teintes.

se gonflaiententre les murs, des carmes indélébiles se cognaient dans les coins et des parfums duveteux suintaient çà et là. Et le marteau de Thor chassait les géantes raisons qui me tenaient à la vie : mourir sur le champ, afin de m’encenser comme un bourgeon frais

dans le sein miraculeuxde cet espace innommé et de prendre la consistance de ces mouvements impétueux. Alors je me laissai absorber par l’éclat brusque des bulles et disparaître en un souffle, tirée par

mes cheveux de séneçon.Est-ce un rêve

la femme de paille

les pies les corbeaux ne se battent plus

elle est droite elle est raide

car elle sécrète entre les veinures de son bois

Un exactsecret est enfermé dans ma bouche.

Il sort d’entre les serres d’une colombe, celle qui chaque jour vient à l’heure où le

soleilfauche les réverbères et incendient les corps agonisants des gueux endormis. L’oiseau tire sur ma langue et fait tomber une

ombre. Alors je peux lire sur le sol les runes qui s’agitent comme les corps des serpents se lovent sur la pierre froide : L’exact secret est sorti de la faille incompressible de ma face, et n’est plus secret qu’à ceux qui ont brûlé la mémoire des signes.

Je sens aussitôt l’œuf de l’univers féconder à nouveau ma bouche déformée

par tant de cris, je sais déjà que demain, sous la même heure, je déglutirai leur masse à l’endroit de ce même silence.Ainsi parle la femme de paille

elle fréquente les sorcières

et il la déculotte de toute sa raideur

tous deux sont secs comme

Cet hommeporte son cœur haut, presque sous la gorge : à force d’avoir levé le bras qui tranche, son cœur a remonté la pente abrupte.

Il sent peser la trace ouverte sur sa poitrine. L’œil sanguin

estdescellé et lit désormais l’arcane qui s’esclaffe dents aiguisées. Jusqu’à la treizième porte, il laissera pendre la besace lourde faite de sa peau tannée, celle qui tient le pain d’épeautre qu’il offrira à

la grande bouchede sa folie.Les gens de la terre

ne sont pas tous tournés dans les meules

façonnés dans les paysages d'herbe

appellent les oiseaux sur eux

en essayant de chanter tant qu'ils peuvent

et leurs chants toussent faux

tandis qu'ils tapent du pied et remuent la terre

J’accrochedes cailloux aux cheveux de mon amant, des cailloux qu’il prend pour des lanternes rousses et estivales.

Je lui murmure de solennelles odes paillardes

à l’oreille; et il plie ses genoux à pleurer dans les langes d’une enfant vierge, en me jurant, en me jurant, que tout de lui, jusqu’à l’ombre escarpée de son âme, est transporté par l’amour. Je le repousse du pied et de

mes pierres, je tourne mes yeux de ses yeux qui pissent des cendres froides.Il ne s’arrête jamais d’être mon amant caillouteux. Je ne m’arrête jamais de piocher dans sa poitrinede sonner le glas dans ses yeux

souvenir corrompu par la décrépitude

entre les moignons de celui qui ne salue plus

il est dans la moisson de chaque année

en quatre saisons plié

une consistance de pâte Fimo

Mes insomniaques espérances: je les repoussais du pied doucement chaque jour avec les orties qui jonchaient ma demeure.

revenaienttoujours furieusement, baptisées de ma misère, entre les dents serrées de mon ombre qui remuait sa queue de chienne. J’eus été l’eau qui coule

au hasarddes pentes vers l’océan. J’étais le clapotis qui se heurte à la roche. Chaque jour vainement, j’eus été ce

j'étais déjà debout sur le sentier

j'attendais déjà qu'on me rompe les os

et puis le pain qui se donne

Je suisles traces de mes pas dans les étoiles sèches. Je donne mon ombre au rituel des météores. Je danse sur la casaque de mon Père à fusiller mes pieds engourdis.

Le gourdinsous ma gorge agite ses égéries sous des ongles cruels.

Je sue du plomb et je crispe mes muscles chauds comme une braise fanée : je voudrais courir

au milieu des corpstombés, mais je me heurte au pesant soupir de Dieu. Il regrette déjà et Ses larmes Lui coûtent un bras arraché. Dieu est disloqué. Le goût de vin dans Sa gorge serrée perd mon latin dans des paters

gonflésaux suaires des bordels. La suie en rondes gouttelettes coule sur mes yeux d’hiver. Des éclats frissonnent au milieu des allées de chênes et j’agenouille ma mémoire dans la fosse à démons. Le ciel est brisé : les hommes vont et viennent

dans la faillelarge de leur folie. Moi je palpe sa crevasse du fond de ma misère.Ton père ne le

ne passe pas dessus

toi qui restes et demandes

qui t'immerges au soleil des caprices de ce monde

je veuxcracher aux faces nimbées. Je ne suis pas des vôtres. Sous la calotte blanche qui pèse sur vos sourcils, je connais la conscience de bistre.

Je veux cracher à votre face. Je veux me défaire de votre route. Je veux en ouvrir une autre. Plus large. Plus large pour que s’y engouffre

la vie. Je ne suis pas de vos auréoles de mort. Où sont les parois que vous mirer ? Je palpe, mais je ne les sens pas. Seul mon crâne exigu érige des murs que je peine à abattre. Mais

sous mes mains, sous celles des autres hommes, il ne s’élève rien, que la vaine pâleur de vos ombres de geôliers sans nom, celles de semeurs de tortures, celles que le revers emporte pour découvrir un soleil noir.Les mains qui lacent des cordes

qu'on les appelle poltrons

polichinelles nous ne serons plus

tu ne connaîtras plus de renoncement

seulement l'orgueil de la liberté

Prendsgarde, si tu palpes la tiédeur des quatre vents, que ton cœur ne se décroche pas. Il claquerait ses veines épaisses au milieu du vide. La lourde pesanteur mouillerait sa larme zinzoline.

Prends garde que ton cœur balbutie sa servitude, que ses fers soient rougis, brûlant

un nomde honte. Que ton cœur soit l’humus collé contre sa chair. Pauvre et sans défense. Prêt à tomber, mais jamais se décrochant. Prends garde à la tiédeur des quatre vents, qu’ils ne t’emportent pas ; car aux vents fous crucifiés, tu partirais sans peine chercher entre les gouttes la

libertépromise.Comment crois-tu qu'ils vivent

ils tirent leurs fardeaux

ils endossent le pire

et ils s'endorment aplatis sous le joug

aie ta conscience propre

qu'ils suintent la bonne sueur

Ilsattendent l’aube, les enfants du droit chemin, pour s’en aller tirer à la chasse les oiseaux qui surnagent dans leur tête grise. Ils s’en iront, le fusil sur l’épaule, et les bottes de sept lieues chaussées jusqu’aux cuisses.

Ils pointeront le canon au milieu des deux yeux de l’oiseau. Ils

retiendrontleur souffle pour ne pas le manquer. Ils boufferont

leur rirede gosses radieux quand ils l’auront eue, cette saloperie de colombe. Et ils rentreront à la chaumière, humides,

joyeux, vendus.Comme le reste de l'équipage

ils n'avaient pas la crevasse de l'esprit

mais les têtes voilà bien longtemps qu'elles fermentent

Au milieudes fracas qui écartèlent leurs yeux et ronflent leurs tourments malheureux roule une ombre pénible vers les soirs silencieux : c’est l’ode improbable d’une veillée sereine et triste comme une chaise vide.

Les joyeux centurions qui jouaient naguère au fond des tonneaux de vin, sirotent

de la soupefroide en pensant au fond de leur assiette. Trouble bouillon de rage et fadeur décantée. Dans le fossé reposent les heaumes rouillés ;

les crêtespourrissent leurs crinières ensanglantées ; les chants des victoires n’existent plus, bouffés par les mites. Tous pensent à travers

les versqui les rongent doucement. Demain est

presquemort. Ils vont ressusciter sous la pourpre de nos rois, posant sur leur crâne creux la couronne des sept tares. Fils de Caïn, tous sont là, ils balbutient

nos premiers motset chantent notre dernière oraison. Et près de nous encore d’autres rhapsodes fous boivent leurs regrets, les sucent jusqu’à la moelle et lèchent leur porcelaine comme un porc sa gamelle. Qui se souvient les avoir vus

serrés à la gorgepar Python ?Et l'halluciné

pour planter des radis

tu les as tous flanqués de ton inimitié

Plantetes doigts dans les yeux de ton ennemi. Terrible est la nuit des désamours. Terrible le cri des nuages tombés. Terrible celui qui ose te regarder mâcher ton remords.

Long le doigt qui court

dansla sphère. Il approche insidieusement. Sans être vu ni avant ni après. Plante tes doigts dans les yeux de son mépris. Pris au deuil, mis au seuil des instants suspendus. Mais pris dans l’Œil-Plus-Haut-Que-La-Corde-Des-Pendus qui balance encore

la dentellede tes prières. Il suera des larmes de sang le seul ennemi qui osait être

ton ennemi. Il suppurera ton pardon sans vengeance, en face de toi, dans l’épaisse miséricorde de ton miroiroù il n'y a rien à regarder

on mange sa pitance maigre

retourne à ta première passion

celle du singe pour le singe

en ressassant grimaces et ritournelles

L’Arbrede la Vie est haut à frôler la voûte céleste. Là s’y perchent les hommes de toutes les races. Les branches sont larges comme les mains d’un Moloch sur lesquelles marchent et croassent ces petits êtres charnus, qui rarement lèvent ou baissent la tête pour voir l’avant et l’après qui les ont modelés dans cette terre d’argile.

Ils ont de quoi vivre et mourir. Ils ont de quoi se repaître des quatre éléments. Mais ils ne s’associent pas

au Souffle limpidede la Vie.Te laissera-t-on sucer tes regrets

Deux minutesencore, les étoiles sont toutes chaudes.

Écoute, leur cœur palpite son odyssée vierge. Elles sont encore

enclosesdans tes silences. Deux minutes encore, elles vont bientôt sauter dans le vide. Elles

vont brûlerleur dorure. Deux minutes

l'a mené ailleurs

il est planté dans l'espace et vous êtes terrassés

Plissurede mes trêves sur le déclin du jour. Je suis l’anachorète qui parle à travers le silence. Je jeûne des visages d’hommes, la cire dans laquelle ils ont coulé leur souvenir reste prise à mes cheveux sales.

Mon rocher est planté dans le ciel, vieille mansarde

que rien ne peut briserdavantage. J’y lèche le salpêtre de l’amour du vide. Ils me jettent l’anathème car je n’ai plus de Dieu, et l’opprobre se fracasse

sur mon crânede pauvre.Je prie l’oiseauet l’âme ensemble. Ils m’ont pris le roseau où je soufflais mes chants. Il ne me reste plus que l’entier soupir de ma folie.

Et il a beau prier

les sacs sont pleins

de surabondance les panses pleines

La levéedes filets se fait doucement dans l’eau trouble du temps. Les tisseuses solitaires emportent sur leur dos nos corps ankylosés par les années passées.

Et nous croyons qu’il tombe des gouttes salutaires

de nos fronts. Le vent essuie nos peaux tannées et la marche processionnelle continue à balancer nos membres lourds. Nous cuisons nos désirs au fond des ballots. Attendre l’envolée d’oiseaux migrateurs qui

n’arrivera pas, ailes ployées contre ailes ployées.Mais ils vont bien crier

faire enfin suinter la merde sous leur peau

et reprendre la dureté des diamants

marcher attachés ils ne se meuvent plus

éviter la révolte et refuser

Il fallaittrembler les ronds de fumée au fond des poitrines qui respirent fort. Ainsi eussent-ils été le croassement glorieux des chantres plutôt que les frelons indécis qui n’osent pas bourdonner ;

Il fallait percer leurs cordes vocales de céramique, mais ils craignaient

la fêluremenaçante ; Il fallait encore bien des lois, bien des pièges, bien

des joursde révolte ; Il fallait encore bien leur foi, bien leur dure volonté, bien

des nuitsde sabbat au fond d’une cave dépavée ; Pour franchir l’impasse qui les sépare

d’eux-mêmeset qu’ils frappent le tonnerre qui les raviverait. Chloé Charpentier

Revue-blog aléatoire

23.5.15

68. Chloé Charpentier _ 'Les cendres froides'

Impressions :

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