31.3.16

108. Dream of Electric Sheep _ 'Soarta'





















soarta     
ovoenne     
dana     
zoroanne     
finarmi     
hassla     
houvi     
ivaheni     
meïaxa     
niama     
senec     
tiname

Dream of Electric Sheep
dream-of-electric-sheep.jimdo.com

18.3.16

107. See Real _ 'Real Life™ (chapitre 1)'

1

Un snare clair éclate les lignes des trottoirs. La pluie glisse dans le caniveau. Une voix, ta voix ?, résonne et se confond avec les gyrophares hirsutes. La pluie grésille comme un vinyle. Je m'entends battre. Non ce n'est pas ta voix, tu dors déjà et tu n'es plus là. Il y a le désert dehors. Et dedans. Bless up, la basse grasse racle, racle et racle ce qu'il y a au fond sûrement. Des os, des bouts de  sonneries poussiéreuses, des textos décharnés, usines délabrées. Les toits en tôle vibrent. Tintent. Assourdissent. La ville qui s'endort en lumières là-bas. 
Je suis des guitares andalouses en delay. Des infra-basses graves-acides. Hydre. Un sample au piano. Tu m'as quitté la nuit dernière je crois. Toutes les nuits sont la dernière maintenant. C'est de manque maintenant le sulfurique ; la tête, ma, résonne sur le carrelage froid, des, mes, cris déchirent la nuit de l'immeuble, les missiles m'ont touché, je saigne, me vide, sur le parquet, la moquette de la télé, les films qu'on avait faits sur la route, la route tout juste disparue : je te vomis. Mais pas encore assez. 
Lady Capulet sous ta capuche de crapule tu m'as/ Les supermarchés sont interdits aux dissimulés, mais pas, non pas les nuits. Code-barre. Effleurer ta bouche, ta bouche, le soir en rentrant je sais pas où tu es. L'oracle reste mystérieux. L'interface gelée. Tout semble serein. Plein. Et vide.
Une tête de serpent domine la coupole illuminée par les sodiums de la ville. J'imagine que Jah est à mes côtés en fumant mon joint, tu dois te souvenir de ce que c'est. 

L'autoradio était allumé, les basses bien à fond, tu tirais de longues taffes oblongues pendant que je conduisais vers l'autre versant luisant. « Pourquoi lutter ? » m'avais-tu dit. « ...tu es seul, tu es en panne d'inspiration et,... je crois comprendre : le succès, ça peut être intimidant. C'est tout à fait naturel que tu te mettes la pression. Laisses-moi t'aider. » Feu rouge. J'ai fait : « Tu sais ce que je veux ? » Feu rouge. Essuie-glaces. Tu m'as répondu, « ...plus vite tu auras fini ces pages et plus vite tu me reverras. »
Express hurlant. Brûlant. Aéroport de nuit. Café désert. Tu sais comme un rêve, une insomnie douce, floue, enfumée - je suis des guitares andalouses en delay, des samples de guitares andalouses en delay - un truc que tu connais, les arcanes du mal, un glide sur une basse, les racines du spire, ton programme inné, l'impression aiguisée, une voix proche murmure, ta voix ? bip, Fondu noir. 
Noir et blanc.
Ton corps doux en plastique. Papier numérique. Mots doubles. Chiffres chiffonnés. Combinaison tactile. Codes secrets dans la matrice. Ton, notre ADN enlacé, mutant, palpitant, skank & sirène dub, l'écho, ici, d'où nous parlons la même langue. Sans hasard. Le glide sur la basse, au cœur du siphon solénoïde, vortex astéroïde récite le chant spirale, takit ez, l'inscription en vieil acmé numérique sur la face nord du disque dur, 1.0, la route est comme tu t'en souvenais, les toits en tôle vibrent, les nuages passent, un semblant de vie dans la machine, antique pulsion remontée des abysses, le kit parfait sorti d'une petite boîte à opium oubliée sous les cendres : 
→ les heures lentement, visions, salle d'attente bondée, néons blancs, foule perturbée, rues instables, tangibles.
→ Les espaces-temps décalés. 
→ Sous la lune-skunk, des lampadaires orange, des masques à gaz et des usines décharnées, des courbures intersidérales, phares, battements Alpha-programme, mot de passe ; couloirs évanescents, fatums aux parois transparentes, vitres thêta-opaques, faux-miroir numérique, la brèche se répand en pixel sur le mur, des passages arachnoïdes et des souterrains familiers, slogans sur mesure, j'ai l'impression de te connaître depuis longtemps, mon cœur binaural, scanner aléatoire, nos voix synchrones, ouverture et fermeture automatique des portes.
→ Toutes les nuits sont neuves®. La pluie crépite comme un vinyle.

Promeneur solitaire, écarquille les arcanes. Fouille les canaux. Écrase les têtes grasses et collantes. Monte dans le bus underground, Top Secret. Climatisation et vitres teintées. Repoussez les limites de vos exigences. Les ambiances s'irradient. Connexes. 
Lady, les crypto-photos grésillent. Des roues dans les flaques. La buée et l'incandescence de ta bouche et le crissement des feuilles. Comme un vinyle. Lady, la pluie sillonne les tarmacs quand tu n'es pas là. Rayés. Nous ne prenons plus les chèques, merci de votre compréhension. Ferme les yeux. 
Ferme les yeux et aspire le road-movie. Monte. Sniffe. Garde l'autoroute désert. Le kick régulier, vortex palpitant, philtres et fumée titane. La ligne blanche. Et toi. Toi. Toi. À côté.
Promeneur dans la nuit. Snakant les rabatteurs. Poussières en delay dans les dunes de ciment. Le vent métal. Les vagues d'asphalte. Flash. Derrière le pare-feu, l'interface secrète de Vénus. Le bruit d'un sabre. Le froid blanc. Le son à fond. Tu avais fait : « Viens, approche-toi. Plus près... tiens, mon numéro... etc... ».  
→ Nous regardions sous cape le bus underground ouvrir une brèche dérobée dans les codes fous. Tous les nous, deux. Enregistrer sous. Raie de lumière, la porte reculée, la nuit. L'interface secrète de Vénus. Tous les nous, deux. Conspirateurs dissimulés. Vases communicants sous les arcades en néon. Les lampadaires orange. Sliders cryptiques, kaléidoscope de connectiques occultes dans le cosmos digital. Je m'entends battre. Vivant en bêta-version. Fondu noir.

Noir et blanc.
Promeneur nocturne dans les néons, les flaques, les reflets flasques et gondolés. Les sillons. L'eau racle dehors. Ondule sur le vinyle. Sur le banc. La lune trou de vers. Ton œil fatal sous ligneur numérique. Un snare clair éclate les lignes des trottoirs. Éclaire et crève d'insectes grouillant le caniveau mystique. Élastique. Détrempé. Sulfurique. Les toits en 3D résonnent. Clignotent. Cliquettent et martèlent. Je suis un sample au piano. Le premier soir. Je suis le soir dont le delay ne s'arrête jamais.
Gros plan : première taffe.
Vous êtes dans un réseau social.
Zoom : tes lèvres : la fumée.
Vision subjective. Traces western rouillé, enchevêtrées, l'azimut grince à moins de 80 bpm. Black domina Haze. Le grain 16 mm griffe le sable sépia. Tu avais dit : 
« Pourquoi lutter ? On a trop de choses en commun.  »

Système d'exploitation requis : port autonome classique.
La version légale de ce métavers est gratuite. 

Tu avais ajouté : 
«J'ai l'impression que je te connais depuis toujours. »
Monde persistant.
Branché dans la salle immersive.
Au loin, la nuit globale était tombée sur le machinima urbain.
Sécurité : aucune. 
Aucune.

Le premier soir Lady Cape, ce premier soir où notre séquence venait de s'achever... le bruit blanc persistant. Acouphènes spirales. Déconnecté. Le retour, seul dans le fauteuil du salon. Débranché. Sourd dans la pièce obscure. Étourdi. Et face à moi, les écrans affichaient : 

Vous gagnez deux mille crédits.

     Faites évoluer votre personnage !     


See Real

2.3.16

106. Jean-Pierre Parra + Marianic Parra _ 'Variations'

Variations I

Dans la liberté 

tu remues 
dans l'intervalle 
entre toutes les lignes 
les ombres qui cachent la vie























Variations II

Sans trembler 
dans la vertigineuse frénésie 

tu offres 
pensers détournés 
le théâtre nouveau























Variations III

Arraché 
vertige aimé 
au présent 
trop consommé 
trop connu 

tu dépenses 
puissance donnée 
la vie
























Variations IV

Noyé 
sans souci de savoir 
dans le tourbillon des lignes sans fin 

tu vis 
impatience accrue 
la vie























Variations V

Immergé 
attente éliminée 
dans tous les hasards 

tu brises 
enchaîné à ce qu'il faut dépasser 
les limites























Variations VI

Flottant
dans le présent
qui augmente
qui diminue

tu précipites
hasard adoré
les lignes























Variations VII

Prisonnier
dans l’entrelacs appris
de la singularité

tu apprends
repères perdus
les énigmes privées de fins























Variations VIII

Ivre de hasards

tu joues
sans terme
au jeu de la signification

tu puises
dans toutes analogies
l’accouplement dissolution des lignes























Variations IX

Sauté
vertiges naissants
hors de toi-même

tu crois
combinaisons multipliées
dissolutions renouvelées
à la vie























Variations X

Libéré
pensée trouvée
de toutes les expériences labyrinthiques
qui retardent

tu échappes
libre
au sort






















Jean-Pierre Parra _textes_
parra-art.com

Marianic Parra _dessins_
parra-art.com

19.2.16

104. LWO _ 'Contemporary Art Vision'























Cette série montre des scènes de vie du quotidien interprétées ou perçues au travers des codes de l'Art Contemporain. Il ne s'agit pas d'une vision de l'Art Contemporain, mais d'une vision au travers de l'Art Contemporain. Les vidéos sont prises sur le vif, le sujet et la situation sont filmés tels quels, il n'y a quasiment aucune post-production. Le son est celui d'origine. D'une certaine manière, c'est du « ready made » vidéo.

On y trouve une déclinaison des grandes composantes typiques de l'Art Contemporain (performances, installations, art conceptuel, etc.), avec une bonne dose d’humour, de la poésie, un regard à la fois amusé et critique.























Par exemple, la « performance » d'un étrange cheval en train de manger dans son box :

























La contemplation d'un écran de cinéma blanc (fortuitement en panne) en tant qu'« art conceptuel » :

























Une « installation » au hasard des couloirs du métro :

























Du « body art » avec des bruits étranges venus de l’intérieur :



LWO

4.2.16

102. Stéphane Bernard _ 'Dominique'

Frédéric n’attendait pas du ciel qu’à son réveil sous ces arbres étiques l’herbe soit sèche. Mais la rosée avait semble-t-il été plus forte que prévu. Ou ce rond-point était une véritable éponge, ou bien merde, ça dépassait l’entendement. Il tordit le cou, et remarqua son frère, rapproché durant la nuit. Il observa, perplexe, ce long corps, caressa l’herbe de la main, porta sa paume à son nez. Il hocha la tête, acquiesçant à sa propre pensée, souffla de dépit, plia la jambe, celle collée à Dominique, et courba le dos jusqu’à pouvoir flairer son jean. Tout s’expliquait. Il n’interrompit pas le sommeil de son frère, se leva, tira de nouveaux vêtements de son sac, se changea. Il en était aux chaussures quand il sentit l’insistance d’un regard dans son dos. Frédéric se retourna. Toujours allongé, son frère s’étirait, frissonnant. Mais dans les bras du jour il reprit aussitôt sa position fœtale, rabattant ses paupières jaunes aux commissures miellées par les rêves. Dépité, Frédéric sortit une bouteille d’eau d’un sac plastique, en but une longue rasade, zieutant nerveusement son frère. Puis il coinça la bouteille entre ses cuisses et s’aspergea les mains sous la fontaine qu’il générait par un mouvement des genoux, les porta à son visage, frotta.

« Debout, feignasse ! Et mon Dieu, pitié, change-toi. On a de la route. » Aucune réaction. Dominique était un bloc de silence inerte. Dormait-il ? Frédéric se sécha avec une serviette, fit descendre une nouvelle gorgée, et d’un geste nonchalant, envoya gicler de l’eau sur la joue tournée vers le ciel de son frère. Celui-ci bondit. « Putain, putain, t’es con ! Con, oui, t’es con ! J’suis tout mouillé maintenant ! » Frédéric sourit : « Maintenant est de trop, je crois ». Son petit frère, du bas de ses dix-huit ans, le fixait avec dans ses yeux noirs une colère liquide. « Merci du cadeau. Si tu veux qu’une caisse nous prenne, je te conseille d’enfiler d’autres frusques. » Dominique éberlué, regarda autour de lui. Derrière des buissons bas, les encerclant, des voitures, encore rares, tournaient de tous côtés en ronronnant. Au loin, le ciel bleuissait. Les stocks de planches d’une entreprise de palettes éblouissaient. Le soleil était pourtant encore invisible.

« J’vais pas m’défroquer ici, ça va pas la tête ! Et pourquoi j’ferais ça ?
- Pourquoi ? Parce que tu pues, tu schlingues, tu fouettes ! Tu pouvais pas te lever ?
- J’AI PAS PISSÉ !
- Et comment t’as fait pour tremper ton jean ?
- C’est la rosace !
- Elle a bon dos la rosace, comme tu dis. Elle a même pas trempé les sacs. Pourquoi pas un chien errant aussi, et qu’aurait pissé qu’sur nous ! »
Dominique gardait la bouche ouverte mais plus un son n’en sortait, il demeurait pétrifié dans sa colère. Il finit néanmoins, levé, par endosser son sac, cédant aux injonctions agacées de son aîné, lequel, pour l’encourager, lui affirmait que tout ça n’était pas si grave, et qu’il serait tout à fait isolé, à l’écart entre deux allées de palettes, là-bas, en face. Ça ferait l’affaire. Alors les deux frères traversèrent la voie express pour gagner l’autre rive de la zone. « De toute façon, c’est de ce côté-ci qu’on doit se placer pour repartir. » Mais Dominique jeta son sac à terre, cala ses maigres fesses dessus. Frédéric, dans un effort suprême, conserva son calme. « Comme tu veux. J’te laisse là sinon. » Épouvanté, l’autre se mit à éructer des sons gutturaux, shootant dans tous les éclats de bois qui cernaient son siège mou.

« Non mais tu déconnes, hein ? Tu déconnes, ouais ! T’es pas bien là-d’dans, faut t’soigner, hein ! Tu vas voir, ouais, quand j’vais dire ça à Maman ! Et à mon père, tiens ! Et là, on verra si tu fais encore l’malin !
- Pas d’problème. T’as plus qu’à trouver un téléphone. »
Dominique, prenant conscience de la réalité et soudain horrifié par sa situation – première solitude – s’adoucit d’un coup, et obéit, passa le grillage de l’usine.

Frédéric alluma une cigarette, attendit. Au loin, on entendait une vague discussion criée, quelques ordres diffus, une scie circulaire, des coups de marteau. Des voitures passaient, lentement, avec toujours à leur bord un visage tourné dans sa direction. Dans sa chair une sensation régénératrice l’apaisait. La fatigue de la route et d’une mauvaise nuit, glaciale, les rayons faiblards sur sa peau d’un soleil à peine monté, les premières bouffées de cigarette, tout ça se brassait en lui jusqu’à l’étourdir. C’était agréable.

« Tu t’en sors ? » Pas de réponse. « Grouille un peu, merde ! Y a plein d’caisses et je préférerais que tu sois là pour tendre le pouce ! » D’entre les planches un ronchonnement lui parvint, suivi d’un bruit de fermeture Éclair. Dominique apparut. Son sac aussitôt décrit un arc au-dessus du grillage, et souleva, s’écrasant au pied de son frère, un petit nuage. Frédéric toussa légèrement. Dominique franchit à son tour la clôture, jurant dix fois au passage. Frédéric sourit. « Enfin » pensa-t-il, comme libéré d’un poids. Mais pas longtemps : les cuisses de son frère semblaient s’être musclées en l’espace de quelques minutes. « C’est quoi, ça ? » La figure de Dominique, fière un instant auparavant, se referma. « Ben quoi, j’me suis changé, comme tu m’as demandé. » Frédéric touche une jambe de son frère, serre d’un coup les dents.
« PUTAIN DE MERDE ! C’EST PAS VRAI ? JE RÊVE OU T’ES AUSSI CON QUE ÇA ?
- Bah quoi ? C’est mon autre jean », chevrota Dominique. Frédéric, de ses gros yeux, le dévisageait. Il contenait ses nerfs. Et ses nerfs contenaient ses larmes. Une nanoseconde, la figure de leur mère lui apparut. Et articulant parfaitement avec un calme affecté chaque syllabe, les mains jointes : « Pardonne-moi, tout est ma faute. C’est vrai, j’ai omis de te préciser de retirer le froc sale avant d’enfiler le propre. Je sais, je suis coupable : j’ai sous-estimé ta débilité. » Et il part d’un rire sec, crispé. Une voiture s’arrête.

Leur discorde rompue, les deux frères, en suspens, fixent la vitre côté passager qui descend. Un gros visage, impeccablement rasé, sourire frais, la quarantaine, surgit. « Vous allez où ? » La voiture avait l’air confortable, et le soleil dominait maintenant l’usine. Tout cela semblait de bon augure. « Ça craint pour son pif, mais la route avant tout ! » pensa Frédéric pendant que son corps répondait : « Sur la côte. » « Allez, montez ! J’ai justement un rendez-vous dans le coin. » Frédéric hésitait tout de même encore à accepter. Dominique, son sac jeté sur l’épaule, avançait déjà vers la portière arrière, qu’il ouvrit. « Cool ! » dit-il, s’asseyant. « Pas de problème, les gars, c’est là que je vais. » Échange de sourires. Frédéric cède. De toute façon, il était trop tard pour changer d’avis.
Il faisait doux dans cette belle voiture. Un parfum léger, boisé flottait dans l’air. Frédéric se dit que ça ne durerait pas.

Le type voulait apparemment écouter la fin des infos avant de reprendre la route. Un doigt posé en travers de ses épaisses lèvres, toujours souriantes, leur avait indiqué de se taire. Et sa large face, maintenant, tout entière arrêtée dans cet effort d’attention, paraissait morte.

Une femme parlait. Des disparitions dans trois départements voisins. Une berline sombre immatriculée dans la Mayenne – peut-être une Citroën – avait été aperçue à l’entrée du bled. À chaque fois. Et puis un jeune gars avait à chaque fois disparu. La journaliste donnait ensuite un numéro de téléphone. Puis la voix d’un homme annonça : « Sport ! » et se mit à psalmodier des résultats de foot et de tennis. Le type tourna le bouton. « Voilà ! » Il fixa d’un regard vif ses jeunes passagers, exhibant à nouveau ses dents. Elles n’étaient plus tout aussi blanches, remarqua Frédéric. « On est partis ! Vos ceintures sont bouclées ? » Oui. Elles l’étaient. Hochant la tête de contentement, l’homme fit rebondir sa chevelure, drue et d’un brun particulièrement luisant. Le soleil aveuglait l’habitacle. Une voiture les dépassa, au ralenti. La passagère, les observant, ouvrit d’un coup la bouche, sembla annoncer une mauvaise nouvelle à son chauffeur. Le leur s’engagea à leurs trousses.

Les premiers kilomètres tournèrent autour des habituels présentations et des atouts d’un voyage léger. La chaleur envahissait peu à peu l’automobile. Et le sylvestre parfum s’effaçait au profit d’une odeur plus âcre. Frédéric plissa les yeux, vérifiant encore, et discrètement, du bout des narines. Un doute subsistait. Après tout, André – prénom qui ne seyait guère à leur homme – n’avait jusqu’ici rien remarqué. Du moins il n’en disait rien. Frédéric avait évidemment encore en mémoire cette histoire de froc pisseux. Il l’avait pour ainsi dire dans le nez.

Il jeta un œil au rétroviseur extérieur et contempla son frère. Pionçant. La peau de son visage d’ange, béant au ciel, ensoleillée sur la tablette arrière, graissait. À sa vue Frédéric se sentit soudain piqué de honte. À cause qu’il ne le défendait pas, lui son propre sang. Il le dénigrait, lui préférant l’appui chimérique d’un étranger. Le terme « trahison » lui vint à l’esprit. Et puis ces choses qu’il avait dites à leur mère, avant le grand départ : « Je te le ramène dans une semaine. T’inquiète pas, ça marchera. Tu sais, Maman, son univers ne peut pas indéfiniment se résumer à dix personnes et trois maisons. Toi, son damné père, quelques frangins, deux ou trois potes. » Anxieuse à l’idée de cette aventure, elle avait dévisagé son aîné, absenté longtemps, et que la vie lui rendait depuis peu, avec ces promesses qu’il lui avait faites, comme quoi son existence serait meilleure aujourd’hui, plus simple parce qu’il l’aiderait maintenant qu’elle se retrouvait seule avec ses frères. Elle lui avait tendu un peu d’argent, qu’il avait pris, impuissant à le refuser, et elle avait dit ces simples mots, gorgés d’une sagesse qu’il n’entrevoyait qu’alors : « Je l’ai mis au monde, et son père ne faisait que le frapper. Ne te fais pas d’illusions. N’aggrave pas son cas. » « J’ferai gaffe, t’inquiète. » Ils s’embrassèrent. « C’est bien de vouloir m’aider. Mais tu viens d’ailleurs. Tu es nouveau ici. » Ses yeux brillèrent. Elle referma la porte.

« Votre ami dort. Vous avez fait la fête, hier ? » Frédéric ouvrit les yeux. « Oh, excusez-moi, vous aussi ? » « Non, je pensais, au chemin, à la route. » André déboutonna d’une grosse main rose le col de sa chemise blanche, libérant un foulard bleu dragée. « Ça commence à taper », souffla-t-il. Et il sourit à son pare-brise.
« C’est mon frère » lança Frédéric, le son de sa voix le surprenant lui-même. Tout à coup, le quadragénaire, devenu quasi surnaturellement enthousiaste à cette révélation, mitrailla Frédéric de questions sur les rapports que pouvaient entretenir les deux frères.

Mot après mot, les réponses que lui donnait Frédéric refroidissaient l’étrange et incongrue ferveur d’André.
D’abord, Dominique et Frédéric n’étaient qu’à moitié frères. Ils n’avaient que leur mère en commun. Le père de Dominique, une vraie gueule de taulard, l’avait battu toute sa vie, du moins jusqu’à ce que leur mère, qu’également il cognait, redoublant les coups parce qu’elle les lui rendait, un jour le jette et balance toutes ses fringues sur la pelouse de sa maîtresse. Le père de Frédéric lui aussi atteignait son enfant. Mentalement. L’un était le souffre-douleur d’une frustration bornée, le second le bouc émissaire traumatique de la mort subite d’une sœur. Depuis deux années, Frédéric avait fait ses adieux au père, revoyait depuis peu sa mère, de l’existence de laquelle il s’était retiré durant huit ans. Dominique n’avait jamais passé la ceinture suburbaine du giron maternel. Maman touchait pour Dominique des aides et s’irritait du fantasme de vivre d’écrire de Frédéric. Dominique parfois étonnait par un éclair lucide Frédéric, lequel était perclus le plus souvent dans ce que son esprit suppurait d’abîme. Ils étaient chacun l’ombre de l’autre. Leurs contrastes étaient contraires, mais ils ne juraient pas. Dominique était âgé de dix-huit ans. Exacte moyenne d’un cerveau qui n’en comptabilisait que six et d’un corps qui en paraissait trente. Frédéric, lui, avait la chair faible et soumise à l’esprit. Parfaitement tête-bêche, leurs prédispositions s’accordaient au final avec un ton identique. Ils étaient bel et bien frères.

L’odeur d’urine s’élevait au rythme du soleil, se renforçait. André fronça le nez, toisa les champs sur sa gauche. Frédéric remonta la vitre qu’il avait ouverte au village précédent. « C’est sûrement le lisier. » Il était évident que ça ne sentait pas le lisier. Frédéric se dit que le type devait bien le savoir. Bien sûr le type n’allait pas lui balancer tout de go : « Hé mec, ton frangin pue la pisse ! ». Pour cette raison Frédéric ajouta quelques notes à leur biographie. Dominique faisait son premier voyage. Mais ça l’angoissait d’être si loin de maman. C’était pour ça sans doute qu’il avait du mal à se contrôler. Parfois. Il se rassurait à sa façon. Il était clair que ça posait quelques petits problèmes à l’occasion. André compatissait. Effectivement ça ne devait pas être facile. Frédéric devait être bien miséricordieux. Cela fit rire Frédéric, au bord du malaise. Non. Il n’était pas de ce genre-là. André fendit ses joues blanches et grasses d’un sourire presque mystique, tapotant les chevrons argentés du volant avec ses pouces. Frédéric demeura un instant saisi à la vue de ces deux petits v renversés. Un frisson le parcourut. Dominique émit un petit grognement et sa tête roula dans une nouvelle position. « Pas étonnant qu’il dorme à poings fermés. Une sacrée nuit, pour lui. » Silence. Frédéric ne comprenait pas comment il avait pu lâcher autant d’informations à cet inconnu. Il devait souffrir d’incontinence lui aussi. L’ombre d’un sourire comme un papillon sur sa joue. Mais non. Ne pas sourire. « Il dormira mieux ce soir. » André tourna son large visage livide. Des petits yeux noirs, perçants comme ceux d’un rat, semblaient vouloir entrer de force en Frédéric. Il n’avait pas remarqué ces yeux auparavant. Son cœur se serra. « Pas sûr. Ça dépendra plutôt de votre chance. Non ? » Frédéric opina du chef. Une appréhension soudaine s’épandait dans l’habitacle. Elle semblait émaner du corps même d’André. Il fixait la route. Sévèrement. Avec ce regard qu’il avait eu, écoutant la radio. Un regard mort. Comme par enchantement, à cette pensée de Frédéric, il tourna le bouton. La météo. La journée serait belle. Des températures supérieures à la normale saisonnière. Mais quelques orages tout de même. Sur le littoral. Dans le nord-ouest du pays. Des annonces d’émissions suivirent.

« Vous savez, vous risquez de passer encore une nuit à la belle étoile. » Ces paroles sortaient d’un masque. Machinalement. « Vous seriez mieux sous un toit. Au cas où ça ne marche pas. Vous savez, j’ai de la place chez moi sinon. Deux chambres d’ami. » Le bruit du moteur. La route. Des panneaux. Des champs. À perte de vue. « Vous n’aviez pas rendez-vous ? » André émit un son qui n’était ni les prémisses d’un rire ni la rétention d’une toux. Frédéric sentait son sang s’épaissir, ralentir dans ses veines. Il se rappela tout. Agrégea les éléments. La grosse voiture qui s’arrête sans qu’ils aient commencé le stop. Les infos. Le regard de la femme. Les chevrons.

« Oui, avec un entrepreneur. Pour évaluer d’éventuelles rénovations. C’est une résidence secondaire et je n’ai pas l’occasion d’y mettre souvent les pieds. Le travail. » Frédéric aurait voulu qu’à cet instant son frère se réveille. Il n’était pas très dégourdi. Non. C’est le moins qu’on puisse dire. Mais il était plus fort que lui. Plus vigoureux. Et savait cogner. Il pourrait les défendre. Et avec l’acharnement d’une lionne pour ses petits. Une fois, le patron de leur mère, serveuse dans un routier, l’avait insultée. Dominique, l’apprenant, avait déboulé en furie chez le taulier, ravageant tout sur son passage et dans le restaurant. Les gendarmes étaient intervenus une fois de plus. Frédéric aurait aimé fonctionner comme ça. Moins réfléchir. Pas toujours. Mais des fois. Il se laissait marcher sur les pieds. Trop souvent. Justifiant chaque fois son pitoyable comportement par une posture résignée. Philosophie, mon cul ! Il toussa très fort, le regard rivé sur l’image dans le rétroviseur. Son frère s’agita, mais ne bougea pas un cil. « Nous n’avons pas de temps à perdre. La pluie lui fera du bien. » Le type se mit alors à rire. D’un rire franc. « Je vois. » Il changea de fréquence.

Une pièce, semble-t-il de Liszt, s’achevait, suivie immédiatement du Requiem de Fauré. Cette musique berça Frédéric. Sa suspicion retomba sur lui. Il savait de toute façon son imagination paranoïde. L’orchestre fit ouvrir les yeux à son frère, qu’il frotta de ses mains fortes à la manière d’un enfant. Les vingt derniers kilomètres furent avalés sans un mot.

« Je vais vous laisser là-bas, au prochain rond-point. » « Parfait. » Dominique et Frédéric débouclèrent leurs ceintures et saisirent leurs sacs. « Vous êtes toujours décidés à continuer ? La proposition tient toujours. » Frédéric secoua la tête, grimaçant un peu, pour s’excuser. « C’est gentil, mais ça ira. On nous attend. Merci pour le bout de chemin. » La voiture s’arrêta. Dominique sortit sans un mot. Frédéric remercia encore André. Les portières claquées, celui-ci fit une dernière fois rebondir sa chevelure de jais, leva la main, sourit, et démarra dans un léger crissement de pneus.

Frédéric prit dans son sac la bouteille d’eau, but un peu, la tendit à son jeune frère qui s’étirait en baillant sous le plein soleil. C’est alors qu’ils aperçurent la voiture. Elle revenait vers eux. Passa. Anthracite. Son conducteur fixait la route. Avec la figure impavide d’une marionnette. Frédéric, se demandant si sa frayeur ne le rendait pas dyslexique, questionna Dominique au sujet de la plaque. « C’était un cinquante-trois ou un trente-cinq ? » Dominique répondit qu’il n’en savait rien, qu’il n’avait pas fait gaffe, « mais que c’était une sacrée caisse, putain ! ».

Et puis Dominique commença à geindre. « Écoute mon ventre ! » À l’entendre il avait l’estomac dans les pompes. Frédéric inspecta le périmètre. D’un côté, de l’autre, la route piquetée d’autos. Derrière elle, quelques vieilles enseignes agricoles oxydées, des hangars branlants attiraient tout de même une voiture de temps en temps sur leur parking poussiéreux et flanqué de terres cultivées. Dans leur dos, un reste de fortifications, un haut mur, aux pierres tordues et soudées par le lierre, longeait une rue infinie jusqu’à une lointaine colline résidentielle. Une église leur faisait signe, là-haut, discrètement. Des mouettes nerveuses tournoyaient autour de son clocher. L’écho de leurs cris. En dépit des gaz d’échappement, du fumet des lisiers, Frédéric pouvait déjà sentir l’odeur entêtante de la mer. Les algues. L’iode. Et qui sait, peut-être qu’au pied du saint édifice l’océan paraderait ? Frédéric tira son frère par le sac et lui indiqua d’un mouvement de tête la direction à suivre. « Il y aura sûrement une épicerie ou une boulangerie là-haut. Qui dit église dit pain. Dans tous les cas, la vue sera meilleure du sommet. Et au pire il y aura des gens du coin. » Dominique expédia un crachat hargneux sur la route, deux ou trois jurons sur la rudesse de la côte, et subitement, docile comme un âne, d’une allure de sherpa, devança son frère. Frédéric s’engagea à sa suite. Durant toute la montée, laquelle leur prit une bonne demi-heure, l’aîné observa son jeune frère fendre l’air épais, asphyxiant du presque midi. Ses longues jambes, déjà maigres, devaient encore fondre sous la double épaisseur de jean. Et sa peau rougir au contact corrosif de la toile et de la pisse. Mais ça ne saturait plus l’atmosphère, n’agressait plus l’odorat. La flétrissure de l’aube serait définitivement évaporée pour midi. Frédéric fixait des yeux le bitume sous ses pieds, soufflant, ne pensant plus. L’ombre de son frère lui faisait un bien fou.

« Supermarché ! », cria Dominique comme la vigie annonce la terre de sa hune. Au faîte du chemin, et pour la première fois depuis leur départ, les deux frères se renvoyaient un sourire, enfin, et généreux, franc, et qui disait : « Heureux d’être ici ». Pour ne rien gâcher, Frédéric remarqua un charmant petit parc sur leur gauche, avec une cabine téléphonique et des fleurs jaunes et mauves le long des allées, où ils pourraient idylliquement déjeuner. Dominique crevait de faim mais il attendit que son frère le précède pour entrer dans le libre-service.

Dominique, à peine à l’intérieur, s’arrêta net, médusé devant le rayon des gâteaux apéro. Chacune de ses mains se saisit en urgence d’un paquet. « Écoute, Dominique, je ne pense pas que nous ayons besoin de ce genre de conneries. On va plutôt prendre le strict minimum. Du pain, du jambon. De l’eau. » Dominique, comme pris en flagrant délit d’immoralité, se mit à faire trembler ses lèvres. « Mais moi j’ai faim ! » Dans sa voix, dans ses yeux, il pleurait presque. « Désolé, mais tes trucs là, c’est de la merde. Ça remplit que dalle. Et puis on devra peut-être tenir un jour ou deux avec ce qui nous reste. Alors pas de dépenses débiles, OK ? » Dominique balança ses convoitises dans le rayon. Sur sa figure on pouvait lire qu’il venait de perdre une fortune. Le caprice était enrayé. « Parfait. Bon, je vais chercher le pain, c’est tout au bout. Essaie de trouver la charcuterie. » Et Frédéric de disparaître derrière un rayon. Les allées du supermarché étaient désertes. Il ne croisa personne. Ce parfum sécurisant des viennoiseries, qui flottait dans l’air, le guida.

La baguette était encore tiède, sentait extraordinairement bon. Abaissant une seconde ses paupières, il la huma. Son ventre fit un borborygme, se mit à chanter. Un peu de farine et d’eau sur une flamme pouvaient ainsi de temps à autre reproduire un sentiment quasi maternel. Ce miracle de la faim au bord d’être comblée. La journée s’annonçait belle. Et oui, finalement tout allait pour le mieux. D’un bon pas il partit rejoindre son frère. Avec en main une bouteille d’eau, une portion de gouda et la baguette, il inspecta chaque rayon, chaque allée plusieurs fois. Mais rien. Personne. Pas un chat. Il récidiva. Une fois. Deux fois. Trois. À ce jeu, il perdit son sang froid, devint anxieux. Le visage marqué de leur mère de nouveau lui apparut. La défaite ne lui était jamais facile. Il pensa que son frère avait peut-être déjà payé et était sorti l’attendre dans le parc ou sur le parking. Il ne crût pas une traître idée de ce qu’il pensait. Il se dirigea prestement vers les caisses.

« Ce n’est pas lui, là-bas, votre frère ? » L’unique caissière fixait Frédéric. Frédéric fixait son frère, maintenant retourné, et qui pleurait, et la caissière au comble de l’embarras. Dominique se jeta sur lui, les traits tuméfiés par l’angoisse et ses deux poings serrés en avant. Il s’exprima, les dents serrées de rage : « Mais qu’est-ce t’as foutu ? J’le dirai à maman, ça ! » Sanglots, déglutition. « T’es dingue ou quoi ? » Il regarde Frédéric dans le blanc des yeux. « Ouais, t’es dingue ! T’as voulu m’abandonner ! » Frédéric essaya de le convaincre du contraire, affirmant qu’il était simplement allé chercher ce qu’il avait là, pour eux deux, qu’il ne serait jamais parti sans lui, et que lui aurait pu le rejoindre au rayon boulangerie. Il cessa quand son frère se mit à trembler et la caissière à tourner ses jolis yeux au bord des larmes dans une autre direction. Une chaleur lui monta alors le long du cou, jusqu’aux joues. Il ressentait de la colère vis-à-vis de Dominique, et de la honte face à la jeune fille. Cette colère et cette honte se retournèrent. Sa colère lui fit honte, et toutes ces hontes réduisirent sa volonté en cendres. Retranché en lui-même, il paya vite et tira la manche de son frère. Comme ils franchissaient les portes automatiques, un soleil zénithal les aveugla.

Tandis que Dominique engloutissait son second sandwich le dos plaqué au verre de la cabine brûlante, Frédéric, tripotant la bouteille d’eau, était en grande conversation avec leur mère : « … Tu sais, Maman, je crois que je me suis totalement planté. Je me suis surestimé… Tu as raison… C’est vrai, je ne l’avais pas vu depuis longtemps… Huit ans, oui… C’est long… Je sais, oui… C’est ce que je vais faire… Pour lui, je sais pas, mais pour moi quand même un peu… J’ai compris des trucs… Bon, j’ai presque plus de monnaie… On va rentrer en train… Non non, t’inquiète pas, j’les paierai ces putains de prunes… Oui… Mais en récupérant mon fric !… Une autre fois… Ou ils me l’enverront, on trouvera un moyen… Quoi !? Le train !? Il l’a jamais pris !? Bordel, t’as plus qu’à aller mettre un cierge pour nous. Ciao. » Frédéric raccrocha. Une seule pièce retomba, tintinnabulante. Il baissa les yeux sur son frère qui se tournait vers lui, radieux d’avoir entendu qu’ils rentraient.


Stéphane Bernard
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